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Politiques Internationales, Réalités Africaines

Population et Développement
Paulina Makinwa-Adebusoye, Chief,
Food Security and Sustainable Development Division,
ECA, Addis Ababa, Ethiopia

English

Le 12 janvier de 2000

Introduction

Les problèmes démographiques sont des problèmes de développement. Si des résultats empiriques et analytiques n'ont pas permis de conclure avec certitude quelles étaient les conséquences d'une croissance démographique rapide sur le développement économique, des preuves suffisantes permettent d 'appuyer la constation prudente du Groupe de travail sur la croissance démographique et le développement économique de l'Académie Nationale des Sciences des Etats-Unis qui affirme qu'"en fin de compte, une croissance démographique plus lente serait bénéfique au développement économique de la plupart des pays en développement." En outre, l'opinion qui a prévalu dans les conférences des Nations Unies des années 1990 et qui est largement acceptée consiste à affirmer que l'abaissement des taux de croissance rapides contribuerait grandement à améliorer les conditions de vie et à promouvoir un développement économique durable.

Lors du Sommet mondial sur le développement social, un vaste consensus s' est dégagé sur le fait que, pour réduire la pauvreté de moitié en Afrique en 2015, il faudrait réduire de 4 pour cent par an le nombre de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 1$ par jour) et que le taux de croissance de l'économie atteigne au moins 7 pour cent par an. Mais les économies africaines ont seulement enregistré une croissance moyenne de 3,3 pour cent en 1998, tandis que la croissance démographique progressait en moyenne de 2,4% par an. La différence d'à peine un pour cent entre taux de croissance démographique et taux de croissance économique est l'indice d'une situation précaire.

La course entre croissance démographique et développement économique a démarré et c'est de son issue que dépendra l'avenir des sociétés et des économies africaines du vingt-et-unième siècle. Le taux de croissance économique doit augmenter de façon substantielle tandis que parallèlement, le taux de croissance démographique doit baisser.

Le consensus mondial décisif qui s'est dégagé en matière de population et de développement lors de la Conférence sur la population et le développement de 1994, qui a été réaffirmé lors de la séance spéciale de l'Assemblée Générale des Nations Unies de 1999, devrait guider les pays africains qui définissent les objectifs, les normes et les standards applicables aux initiatives publiques et privées en matière de développement durable.

Trois impératifs socio-économiques et démographiques sont cruciaux. Ce sont, en premier, les politiques de renforcement de l'autonomie des femmes; en second, les mesures destinées à faire baisser les taux de croissance démographique élevés; et troisièmement, les mesures de baisse des taux de mortalité grâce à la promotion de la santé et du bien-être des sous-groupes démographiques les plus vulnérables, les jeunes âgés de 15 à 24 ans qui constituent maintenant environ 20% de la population totale, les victimes du VIH/SIDA et les personnes âgées en nombre croissant.

Croissance démographique rapide

La seconde moitié du vingtième siècle est une période de croissance démographique très rapide : à un taux d'environ 2,4 % par an, l'Afrique est la région du monde dont la croissance démographique est la plus rapide du monde. Il est intéressant de noter qu'en 1950, la population totale de l' Afrique atteignait moins de la moitié de la population totale de l'Europe, soit 221 millions, contre 547 millions en Europe. Quarante-huit ans plus tard, en 1998, en raison d'un taux de croissance beaucoup plus rapide, la population africaine s'élevait à environ 749 millions, soit 20 millions de plus que les 729 millions d'européens. Bien que l'on attende un taux de croissance moins élevé dans l'avenir, la tendance démographique actuelle permet presque d'affirmer qu'en 2035, la population aura doublé.

Le développement de l'autonomie des femmes

En dépit des progrès accomplis par certaines femmes instruites et/ou par celles qui habitent les zones urbaines, le statut des femmes dans les sociétés africaines est subordonné à celui des hommes. Le rôle principal de la plupart des femmes africaines est celui d'épouse et de mère et le fait d' avoir des enfants compte pour beaucoup dans leur statut social. Dans la plupart des pays africains, les enfants constituent la principale source de sécurité des parents âgés; ceux-ci ont des familles nombreuses car ils veulent être sûrs qu'un petit nombre de leurs enfants atteindra l'age adulte. Les enfants contribuent au revenu du foyer. Ils cultivent la terre et vendent des produits divers sur le marché informel. On attend aussi des enfants qu'ils accomplissent des tâches ménagères, comme par exemple la cuisine et le ménage, et qu'ils aillent chercher l'eau et ramassent le bois de chauffe "gratuit" dans les forêts qui sont souvent éloignées.

La croissance démographique rapide contribue pour beaucoup à la surexploitation des ressources et à la dégradation de l'environnement. Au fil du temps, la consommation des ressources de proximité telles que le bois de chauffe a pour effet d'accroître leur coût et leur temps d'utilisation, ce qui incite les populations à avoir plus d'enfants. Ceci débouche sur un cercle vicieux : le travail des enfants et la croissance démographique rapide entraînent une dégradation de l'environnement qui à son tour entraîne travail supplémentaire et besoin d'enfants supplémentaires et, par voie de conséquence, croissance démographique rapide. Le cercle vicieux est la preuve d'un syndrome de dépendance par rapport aux enfants qui provient d' une distribution inégale des ressources créatrices de richesse et du fait que les femmes ne peuvent pas accéder à ces mêmes ressources.

Jeunes âgés de 15 à 24 ans.

Les récentes chutes de la fécondité et de la mortalité ont déplacé l'équilibre démographique en faveur des jeunes âgés de 15 à 24 ans. Ceux-ci ont atteint 149 millions en 1998, soit environ 20% de la population africaine.

Ce sont les décisions que ces jeunes prendront par rapport au nombre d' enfants qu'ils souhaitent avoir et au moment de les avoir qui décidera de l' ampleur de la population africaine au vingt-et-unième siècle et de sa qualité de vie. Mais l'Afrique devrait profiter de cet avantage démographique, à savoir une vague de jeunes entrant sur le marché du travail, non suivie d'une génération d'enfants. Dans l'hypothèse où ils sont bien formés et où des emplois sont disponibles pour ces nouvelles recrues possibles, cet "excès de main d'oeuvre" pourrait servir de base à des investissements plus importants, à une plus grande productivité de la main d'ouvre et un développement économique rapide.

LE VIH/SIDA

Les pays de l'Afrique Sub-Saharienne ont été le plus durement touchés par l' épidémie du VIH/SIDA et représentent environ 70 % de tous les cas de VIH/SIDA dans le monde. La maladie frappe en général les hommes et les femmes âgés de 15 à 49 ans. Ce sont des adultes en âge de procréer qui constituent l'essentiel de la population active. La montée en flèche des décès dus au SIDA parmi les groupes de population les plus actifs, qui sont aussi les plus susceptibles de laisser derrière eux des enfants en bas âge, a engendré une population de 10 millions d'orphelins.

Son effet négatif sur les performances macroéconomiques, dû à la perte d'un grand nombre d'actifs, la formation d'un groupe d'enfants non scolarisés (la plupart des orphelins du SIDA sont susceptibles de le devenir) qui n'auront pas les compétences requises sur le marché de l'emploi ainsi que le coût des soins des victimes du SIDA font du VIH/SIDA le désastre numéro un en matière de développement en Afrique.

Les personnes âgées.

En Afrique, le nombre des personnes âgées de 65 ans et plus, s'il est relativement restreint, est en augmentation. Ce nombre devrait s'accroître et passer de 22 millions en 1995 à 52 millions en 2025.

L'augmentation du nombre des personnes âgées se produit au moment où le système traditionnel d'aide aux personnes âgées, la famille élargie, est en train de s'effriter. Les graves problèmes économiques qui ont frappé la plupart des pays dans les années 1980 et 1990 ont accru la pauvreté des foyers. Par conséquent, les femmes travaillent de plus en plus à l'extérieur pour subvenir aux besoins de la famille et elles ne sont plus à même de s' occuper de parents âgés. De plus, des migrations massives des zones rurales vers les zones urbaines alliées à l'industrialisation expliquent la raison pour laquelle les enfants qui travaillent sont plus susceptibles qu'avant de vivre loin de leurs parents restés dans les villages.

Cependant, les personnes âgées qui sont les gardiennes des valeurs traditionnelles et qui, plus encore qu'avant, sont appelées, en tout cas dans certains pays, à s'occuper des orphelins du SIDA, constituent une ressource pour le développement. On s'attend que les populations vieillissantes pèseront sur les ressources des systèmes de santé. Il faut donc planifier afin d'assurer la dignité et la productivité des personnes âgées sans pour autant mettre en péril les besoins également pressants des jeunes et des adultes en matière d'éducation, de soins de santé et d'emploi.

Planification globale de développement.

Citons une publication récente de la Commission économique sur l'Afrique intitulée "Former des partenariats pour l'avenir de l'Afrique : prospectus pour un renouvellement du Conseil économique de l'Afrique": "Le problème le plus fascinant qui se pose à l'Afrique est la dynamique du noyau, c'est-à-dire l'élaboration d'un ensemble de réformes censées résoudre les problèmes qui se posent dans les domaines de la croissance démographique, du déclin de la production agricole par habitant et de la menace croissante qui pèse sur l'écologie fragile du continent." L'Afrique est le seul continent où la production agricole par habitant décline régulièrement et où la dégradation de l'environnement s'accentue. Cette situation vient de l'accroissement de l'insécurité alimentaire en Afrique et des sombres perspectives en matière de développement durable à long terme.

Planification globale du développement.

En réponse au défi que posent au niveau microéconomique les interactions entre population, éducation et environnement, interactions particulièrement significatives sur le plan des performances économiques et du bien-être des populations, la Commission économique sur l'Afrique (CEA) a mis en place un outil de plaidoyer, le modèle de simulation informatique "Population-environnement-développement-agriculture", le PEDA. Ce modèle montre l'impact des diverses réformes possibles sur l'objectif d'allègement de la pauvreté.

Résumé

Les extrêmes démographiques de l'Afrique, à savoir les taux de fécondité les plus élevés du monde auxquels contribuent, dans une proportion bien plus élevée qu'ailleurs, les adolescents de 15 à 19 ans; le grand nombre de jeunes de 15 à 24 ans qui ont des besoins particuliers et sont proportionnellement plus nombreux en Afrique que dans la plupart des régions; la mortalité des mères, des enfants en bas age et des nourrissons ainsi que le fléau du VIH/SIDA qui inversent rapidement les tendances positives en matière d'espérance de vie et de développement, tout cela constitue une série d'obstacles majeurs au développement de l'Afrique.

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