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Politiques Internationales, Réalités Africaines

Education et Culture
Lalla Ben Barka
Economic Commission for Africa

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Le 25 mai de 2000

Je voudrais m'excuser d'entrer en dialogue avec vous avec un certain retard. Mais cela a aussi un avantage, car ayant pris part au Forum Mondial sur l'Education à Dakar, cela m'offre l'occasion de partager avec vous des préoccupations très sérieuses concernant le développement de l'éducation en Afrique.

Dans la Déclaration Finale de Dakar, dernier paragraphe il est dit ceci:" Le bilan mondial de l'éducation pour tous à l'an 2000 montre que c'est en Afrique subsaharienne, en Asie du sud et dans les pays les moins avancés que la situation est la plus préoccupante. En conséquence, même si l'aide internationale ne doit faire défaut à aucun pays, la priorité doit être accordée à ces régions et pays. Les pays en conflit ou en cours de reconstruction doivent également bénéficier d'une attention spéciale afin de pouvoir bâtir des systèmes éducatifs qui répondent aux besoins de tous les apprenants."

Comme on le voit l'Afrique se trouve en tête des priorités car c'est effectivement là que l'on rencontre les taux de scolarisation les plus bas, les systèmes éducatifs les moins performants, mais aussi malheureusement le plus grand nombre de conflits, de personnes déplacées, ceci affectant au plus haut point les enfants en âge d'aller à l'école. En effet le bilan des dix dernières années montre que l'Afrique comparée aux autres régions du monde se présente ainsi:

Taux nets de scolarisation dans l'enseignement primaire par région, 1990 et1998

  • Monde: 80% et 84%
  • Régions les plus développées: 97% et 98%
  • Régions les moins développées: 78% et 82%
  • Afrique subsaharienne: 54% et 60%
(Source: Document statistique de l'EPT, 2000)

Je ne voudrais certainement pas m'étendre ici sur les problèmes des systèmes éducatifs du continent qui sont suffisamment connus, mais lorsqu'on se rend compte que 10 ans après les engagements de Jomtien, les chiffres continuent à être faibles, les résultats qualitatifs encore plus faibles on doit tirer sur la sonnette d'alarme et poser peut être le problème d'une autre manière. Tant de sujets ont été examinés et reéxaminés à travers les Etats généraux, les consultations régionales et nationales, dans les discussions avec les partenaires au développement: engagement des décideurs, affectation adéquate des ressources, formation des enseignants, disponibilité des matériels et équipements, participation des communautés et on parle de plus en plus d'utilisation des technologies de l'information. Ces questions ont été ressassées et pourtant les disparités entre le SSA et les autres régions, les disparités à l'intérieur des pays, entre urbain et rural, entre filles et garçons continuent à être grandes.

Alors quel est le problème ou quels sont les problèmes? Ils sont multiples et multiformes mais je me limiterais à deux questions qui à mon avis doivent être discutées et traitées en priorité:

  1. Engagement véritable et conscient des décideurs?
  2. Cohérence entre les systèmes éducatifs et les systèmes socio-culturels?

1. Engagement véritable et conscient des décideurs.

Beaucoup de pays africains aujourd'hui semblent avoir établi des systèmes répondant à des critères de démocratie: multipartisme, élections organisées avec une certaine transparence (au moins avec observateurs extérieurs), presse privée (parfois opprimée) etc... Mais dans la construction d'un système démocratique il apparaît souvent que la forme a la priorité sur le fond. Par exemple des élections législatives sont faites, une assemblée nationale est mise en place, des groupes parlementaires, des commissions techniques sont formés, des projets de lois sont discutés et adoptés, mais un regard plus profond découvre que les capacités, les compétences fondamentales manquent à la plupart pour décider en toute connaissance de ces sujets et lois. On parle de gouvernance, de la nécessité de la participation de la majorité à la prise de décision, cela personne ne le conteste mais il faudrait aussi se donner les moyens d'une participaption de qualité et non pas seulement en quantité. Il y a là un besoin extrêmement urgent et important de former et d'établir les compétences nécessaires pour juger par exemple d'un projet de loi des finances, d'un projet de loi sur l'éducation.

Il est extrêmement important que les décideurs à ce niveau soient imprégnés et maîtrisent les questions pour lesquelles ils doivent décider. La gouvernance ne se limite pas à des élections participatives mais aussi à la contribution éclairée dans les prises de décision. La gouvernance commence peut être par les élections mais elle s'affirme à travers la gouvernance politique, économique, culturelle, éducative.

Un autre exemple est celui de la décentralisation où l'on est confronte à deux types de problèmes: Il y a la question de l'état lui même qui souvent est si désorganisé dans nos pays, si faible, avec si peu de capacités que l'on se demande ce que l'on décentralise. L'autre problème est que si l'on décentralise (dans l'hypothèse que l'on a un état capable) vers qui décentralise-t-on. Très souvent on crée les structures, les élus locaux sont en place mais les nouvelles compétences nécessaires pour rendre effective la décentralisation n'existent pas.

Dans les deux cas, ce qui manque le plus ce n'est pas l'engagement des dirigeants. Ceux ci dans certains démontrent leur volonté pour ce qui est des élections libres et transparentes et la décentralisation. Il s'agit plutôt du manque d'une compréhension et d'une approche globales permettant d'adresser et la forme et le fond en même temps. Et très souvent les aspects de fond, de formation, de mise en place des compétences, parce que plus complexe et à plus long terme, sont vite abandonnés pour un aspect de surface dont la durabilité et la soutenabilité sont très fragiles. Aujourd'hui il devient impératif d'assurer la formation adéquate de ceux qui prennent les décisions que ce soit au sommet comme à la base de la pyramide.

2. Cohérence entre les systèmes éducatifs et les systèmes socio-culturels

On a souvent fait la critique de l'école importée, l'école qui coupe de la communauté et dans bien des pays on essaye de ramener, rattacher l'école à la culture des enfants. Les discours et les programmes ont fait l'effort de refléter cette nécessité mais très souvent on n'a pas pris toutes les mesures pour réaliser cela. Il est d'abord important que l'on appréhende les dimensions d'un tel ancrage dans la société: les intrants culturels, les outils pédagogiques etc. Il est en effet indispensable que l'on reconnaisse les forces et qualités qui existent dans les communautés et les cultures. Cette reconnaissance et compréhension impliquent la prise en compte d'un premier point d'entrée qui est le véhicule de transmission du savoir, la langue maternelle ou première de l'enfant. C'est ce véhicule qui lui permet non seulement d'assimiler les nouvelles connaissances sans le traumatisme d'une langue étrangère mais en plus maintient l'équilibre entre lui et sa communauté. Aujourd'hui combien de pays appliquent vraiment et de manière systématique une politique des langues nationales dans le système formel, malgré tous les grands discours? Et qu'on ne prétexte pas de la capacité des langues africaines, cela est un faux débat. Un autre aspect concerne la participation de la communauté dans la formulation et la mise en application des programmes et des curricula.

L'intégration des enseignants dans le milieu (et cela commence avec leur formation) est essentielle car ils représentent une véritable ressource pour le développement de la communauté. Bref la gestion véritable de l'école par la communauté est une question profonde et totale. Elle ne se limite pas seulement à leur participation dans la construction des bâtiments et dans le paiement des salaires des enseignants. C'est ainsi que l'on bâtira progressivement une école répondant aux besoins non seulement de la base mais aussi de toute la société tout en restant exposée et tournée vers un monde plus global.

J'aurais pu examiner les questions macro économiques, la question de la pauvreté (malgré que l'Afrique soit un continent extrêmement riche), des politiques d'ajustement, des conflits, du sida etc. Je ne nie pas l'existence de fléaux et de facteurs négatifs ou destabilisant mais je crois qu'il est grand temps que les africains soient davantage sérieux sur ce qu'ils veulent vraiment et le réalisent en toute responsabilité. L'Afrique se doit d'investir dans ses peuples, il n'y a de miracle nulle part, les ressources humaines sont la seule et vraie richesse, celle qui résiste, dure et permet de résoudre les autres problèmes. Ce dont notre continent a le plus besoin aujourd'hui c'est certainement des femmes et des hommes résolus, formés et tous les niveaux.

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