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Politiques Internationales, Réalités Africaines

Responsabilite de l’echec des Politiques Economiques en Afrique
Yassine Fall, Secrétaire Exécutif
l’Association des Femmes Africaines pour la Recherche
et le Développement (AAWORD)
Dakar, Senegal

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Le 17 janvier de 2000

Les questions de politique économique revêtent une importance capital dans les débats sur le développement en Afrique. Lorsqu’il s’agit de l’évolution du continent, la question fondamentale soulevée partout dans le monde tourne autour de la responsabilité de l’Etat dans la dynamique sociale et économique. Est ce à lui d’allouer les ressources et de décider des besoins à satisfaire ? Le sociétés africaines gagneraient-elles à ce que la mobilisation et l’allocation des ressources soient confiées à des entreprises privées étrangères animées avant tout par le souci d’accumuler des richesses, des institutions financières ou commerciales internationales ou des agences bilatérales de développement ? Quel est le poids de l’intervention politique dans la promotion ou la dégradation du bien être social, ou dans la recherche d’un juste équilibre entre la dimension sociale et les intérêts privés étrangers ?

Durant le second millénaire, le destin de l’Afrique a été une longue saga ponctuée par de formidables réalisations et des échecs. A l’aube du premier millénaire, la plus vieille civilisation africaine, en l’occurrence l’ancienne Egypte Pharaonique Noire, avait laissé au monde un solide héritage de révolutions technologiques, sociales, religieuses et culturelles qui guident encore aujourd’hui l’esprit aventureux de l’homme. La mathématique, l’astronomie, la poésie, l’architecture, la géographie, la navigation, l’écriture, l’agriculture irriguée etc… ont été longtemps inventées et utilisées pendant au moins trois mille ans avant la Grèce Ancienne et la Mésopotamie. Au cours des deux derniers millénaires l’équilibre du pouvoir mondial a été successivement contrôlé par les romains, les grecs, les arabes, les chinois, les japonais, les européens, et aujourd’hui les nord –américains. Nous savons tous que chacune de ces civilisations a apporté une contribution significative à l’histoire du monde à travers la même trame humaine par des actes de bravoure, de génie et parfois de cruauté barbare. L’Afrique a été prise dans le piège gigantesque et cruel de l’esclavage et la colonisation. Nous ne devrions jamais nous lasser de nous rem émorer cet important fait historique et de le rappeler au monde.

Les politiques économiques extraverties ainsi que les dictatures financières et politiques internationales sont au nombre des facteurs qui paralysent le continent. Les choix économiques des dernières décennies ont été fait selon les besoins et les priorités de Paris, Londres, Washington et leurs pairs. La nécessité d’obtenir des produits d’exportation agricoles ou miniers à moindre coût a été la principale raison de la colonisation, et plus récemment, de la signature de la convention de Lomé. En effet, la menace d’une crise financière sans précédent découlant d’un excédent d’Eurodollars dans leurs banques ont poussé les puissances occidentales à promouvoir des politiques de crédits spectaculaires qui ont étépour une grande part à l’origine de l’enettement des pays africains.

L’Initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés(HIPC), la Facilité d’Ajustement Structurelle Renforcé assortie de conditions draconniennes qui en est le corollaire, ainsi que l’exigence d’un service régulier de la dette ne vont pas pour favoriser un allègement. La flambée des prix des produits de base sur le marché international a donné lieu à une déterioration des termes de l’échange au détriment de l’Afrique. La prédominance d’une idéologie néo-libérale a conduit à des politiques d’ajustement et à la promotion de la croissance par les exportations, afin de générer des dévises et assurer ainsi le service de la dette extérieure. La nécessité de conquérir des marchés, de disposer d’une main d’oeuvre à bon marché et de faciliter le commerce et les investissements transfrontaliers, a conduit à l’intensification des mesures de privatisation.

En fait, avec la mise en oeuvre de règles et de mécanismes d’application formels, l’Organisation Mondiale du Commerce et l’Africa Growth and Opportunity Act encouragent ces politiques de manière aggressive afin de sauvegarder l’hégémonie des grands groupes internationaux. La privatisation encourage essentiellement les fusions et les acquisitions. En Afrique, il s’est agit dans la plupart des cas d’une reprise directe des monopoles étatiques par les anciens colonisateurs, qui s’accompagne d’une aggravation de la corruption, souvent avec la complicité des officiels de l’Etat. C’est ainsi que la privatisation des services d’utilité publique tels que l’eau, l’électricité,l’éducation, la santé et les transports a été un désastre. La privatisation vise à promouvoir la bonne gestion mais paradoxalement, le consommateurs africain souffre de la dégradation des services, de pénuries et de hausses des prix. En outre, les travailleurs perdent leur emploi et ne jouissent plus de la sécurité sociale, au moment même où des expatriés sont recrutés et bénéficient de salaires exhorbitants.

D’autre part, le noyeau de la lutte pour l’égalité, le développement humain et la paix en Afrique repose sur un profond deséquilibre : l’inégalité entre la femme et l’homme dans la reconnaissance de leur contribution au bien être social, leur participation à la prise de décisions économiques et politiques, la possibilité d’accèder à la richesse et de la contrôler, ainsi que la capacité de générer un excédent d’actif. De l’époque coloniale à l’ère de l’ajustement, les politiques économiques ont progressivement créé des mécanismes tendant à renforcer l’inégalité des sexes, et dont l’impact a été dans la plupart des cas plus aliénant pour la femme que les contraintes informelles des institutions préexistantes.

L’inégalité des sexes n’a pas encore reçu l’attention qu’elle mérite. La dynamique créée à Beijing est encore lente à prendre racine. Qu’est ce qui peut amener les Etats africains délinquants à changer leur vision de la femme ? La communauté internationale et les pays africains prennent-ils au sérieux la question de l’égalité des sexes ? Pourquoi tarde-t-on tellement à appliquer formellement des règles relatives à l’allocation des ressources et aux mécanismes de partage du pouvoir sur la base du sexe ? Une des réponses à cette interrogation est que ce sont des hommes conservateurs et défenseurs des idéologies du passé qui dirigent les pays africains et des institutions internationales. Certainement ils méritent d’être sanctionnés pour les politiques partisanes qu’ils mettent en oeuvre à travers l’Afrique. En ce nouveau siècle, la femme veut et mérite plus que de la litérature et de la rhétorique. Elle veut des changements concrets, systématiques et mesurables qui améliorent sa condition. Il est temps que les femmes prennent l’initiative non pas systémic mais institutionnel.

L’on dit souvent aux africains que la technologie de l’information permettra au continent de se développer et de rattraper son retard sur les autres. La vérité est que l’Afrique s’engage dans le 21ème siècle avec les infrastructures et les services de télécommunications les moins développés du monde, alors qu’elle abrite 26% de la population mondiale qui se partagent 2% des lignes téléphoniques de la planète et n’exerce aucun contrôle sur la nature et le contenu de l’information qui lui est vendue par le biais de l’internet. Ni les échanges commerciaux , ni la coopération interafricaine ne peuvent faire du bien être sociale une réalité en Afrique. Par conséquent, il ya lieu de renverser les nouvelles tendances du commercce et des affaires financières mondiales. En dépit de l’echec essuyé en novembre à Seattle, l’Organisation Mondiale du Commerce demeure une puissance supra nationale doté d’un pouvoir politique et économique qui dépasse celui des Etats et des peuples qui ne se trouvent en dehors du cercle restraint des pays les plus industrialisés. Ses règles et ses mécanismes d’exécution protègent les grands groupes et défendent les intérêts des pays les plus puissants.

Les pays africains peuvent-ils soutenir la concurrence avec les géants européens, américains, et les groupes pharmaceutiques qui ont la maitrise technique et le pouvoir de breveter des graines et des produits médicaux et d’empêcher au autres de les utiliser pour réaliser des objectifs de développemen ? Par exemple, l’Afrique du Sud envisagerait de mettre au point des médicaments pour les malades du Sida afin de réduire substantiellement les coûts de la prise en charge de ces malades en Afrique. Les grandes entreprises pharmaceutiques sont en train d’user de toutes les formes d’intimidation possibles pour contrecarrer ce projet, y compris la pression sur les autorités américaines. Tous les africains se sentent blessés cet état de faits, surtout les femmes qui sont les plus touchées par le Sida. Si la communauté internationale se préoccupe tant de la sécurité du continent, elle devrait reconsidèrer les politiques de croissance par l’exportation imposées à l’Afrique, au détriment des ressources dont elle a si urgemment besoin pour la prise en charge des femmes et des enfants atteints par la pandémie. De la même manière, les pays industrialisés doivent apprendre des leçons d’ethique. Ils observent en silence ou soutiennent activement leurs industries minières ou de l’armement attiser des guerres pour sauver des marchés en Afrique.

Le monde développé ne pose pas les questions pertinentes sur l’Afrique, en maintenant des tyrans et des zélateurs de toutes sortes, perpétuant ainsi le chaos, la haine et l’instabilité politique dans le continent. Les nations les plus puissantes doivent être prêtes à changer leurs politiques de deux poids deux mesures en Afrique, de même que leurs positions qui compromettent la bonne gouvernance, tout en partageant les biens et la prospérité du monde avec le Sud. Les dépenses excessives engagées dans les cérémonies marquant l’entrée dans le nouveau millénaire, ainsi qu’en témoignent les 320 millions de bouteilles de champagne consommées en un seul week end dans les pays industrialisés, représentent une malédiction jetée à la face d’un monde ou la pauvreté et l’impuissance frappent un grand nombre. La pauvreté et l’impuissance favorisent les guerres qui à leurs tour créent des réfugiés en grand nombre ainsi que de graves pénuries alimentaires.

Les conséquences des politiques inappropriées mettent fatalement en relief le rôle joué par les ONG du nord qui ressemble plus à celui de pompiers. En outre, les actions humanitaires sont devenues très convoitées en ce qu’elles donne accès au financement bilatéral et multilatéral ainsi qu’au Prix Nobel, alors que les ONG africaines sont de plus en plus isolées. Il conviendrait de procéder à une analyse coûts-bénéfices des opérations de secours d’urgence afin de connaître ceux qui payent et ceux qui en tirent profit. Combien de ces docteurs africains qui battent le pavé aurait fait un travail identique s’ils avaient été soutenuS ? L’évaluation de l’aide au développement en Afrique est à faire. A titre d’exemple, la France et les Etats Unis devraient faire la différence entre les montants prétendument consacrés à la coopération bilatérale et ceux qui restent dans les pays africains.

Les choix idéologiques des institutions de Bretton Woods déterminent l’économie politique des mesures d’ajustement. Les connaissances, le modèles économiques et les paradigmes socio-économiques créés sans tenir compte des réalités empiriques africaines sont présentés unilatéralement comme la solution idéale ou la meilleure pratique pour tous les pays. Les hyphothèses sous-jascentes de la formulation des politiques économiques et des programmes de développement destinés à l’Afrique repose sur la théorie économique néo-classique. Celle-ci part du fait que les rapports commerciaux fondés sur le droit à la propriété individuelle et la poursuite des intérêts personnels en vue maximiser les désirs , sont les plus importantes de toutes les relations sociales. Par conséquent le génie et l’action humains doivent viser à faciliter les transactions car les marchés non règlementés favorisent laprospérité, tandis que l’intervention économique donne lieu au chaos.

Maints observateurs soutiennent que l’Afrique est responsible de ses propres problèmes auxquels elle doit chercher des solutions dans les cercles corrompus. Les Etats du Nord ne sont pas moins corrompus. Durant les quarante fernières années, ils ont protégé des régimes dictatoriaux qui ont pillé les finances publics et gardé illégalement des fonds dans leurs banques. Depuis quelques temps,ils se font les chantres de la bonne gouvernance, de la bonne gestion des affaires publiques et de beaucoup d’autres bonnes choses, parce que le système financier et international qu’il ont mis en place présente des lacunes.

D’aucuns disent que les critiques formulées à l’endroit du FMI et de la Banque Mondiale ne représentent pas une panacée et que les africains doivent se pencher sur les méthodes de leurs Etats. Dans la mesure où ces institutions conduisent et contrôlent le processus de développement des stratégies d’assistance aux pays et définissent les cadres politiques, elles sont tout aussi responsables que les Gouvernements. Par exemple, d’importants projets de construction de barrages ou d’agro-business ont non seulement donné lieu à des catastrophes écologiques et humaines, mais aussi créé un cadre approprié pour la corruption. En sus d’être une agence économique, la Banque Mondiale est une institution politique, ce malgré ses dénégations.

Au-delà de son rôle de contrôle des Etats, elle veut également surveiller les ONG. Récemment, beaucoup d’organisations de la Société Civile se sont inquiétées du Manuel de Bonnes Pratiques pour le Lois Relatives au Organisations Non Gouvernementales que la Banque projette de publier. Outre le fait que cette initiative constitue une menace pour les ONG car pouvant donner aux Etats la possibilité de les contrôler, de les museler ou de compromettre leurs activités, elle ne devrait pas émaner de la Banque Mondiale. Au lieu de se préoccuper de ces organisations, celle-ci devrait prépare un manuel de droit qui la rendrait, ainsi que ses partenaires que sont le Fonds Monétaire International et l’Organisation Mondiale du Commerce, plus transparente et responsible devant les femmes et les hommes d’Afrique. Etant donné que nous entrons dans l’ère des bonnes pratiques, les ONG et d’autres institutions indépendantes doivent évaluer la Banque Mondiale et le FMI, tout en surveillant le PNUD plus étroitement. Quelle qu’en soit pour lui la pertinence idéologique, l’Administrateur de cette dernière institution ne devrait pas envisager, sans tenir compte de l’avis de millions d’Africains et d’autres peuples du monde en développement, transférer le programme de l’agence pour la pauvreté à la Banque Mondiale.

La bonne gouvernance doit commencer par la consultation et le respect de la volonté des autres. La réthorique et les déclarations de la Banque qui ferait de l’allègement de la pauvreté sa priorité, ne suffisent pas.Les résultats parlent d’eux-mêmes : le nombre de pauvres augmente à une vitesse fulgurante et la Banque et le Fonds doivent être tenus pour responsables de l’echec de leurs politiques ainsi que deleurs promesses nontenues. Ils doivent avant tout se pencher sur la situation des femmes et des enfants victimes des conséquences dévastatrice des politiques d’ajustement.

Pouvons-nous nous fier àla bonne volonté des Etats pour changer le visage hideux de la pauvreté et de l’impuissance qui frappent nos communautés ? Pouvons-nous compter entièrement sur les filières bilatérales et multilatérales pour relever ce grand défi de notre temps ? Ma réponse à ces questions est non. Tout pouvoir qui n’est pas contrôlé perd le sens des responsabilités. Toutefois, les Etats et les ONG peuvent être amenés à respecter des règles claires et simples, l’équité et la gouvernance. Des négociations et des accords transparents peuvent déterminer le contenu de ces règles.

Nous devons comprendre la nécessité du rôle et de la contribution des ONG dans le contrôle permanent des Etats, des agences de développement et des institutions financières. En dépit de leurs contradictions, elles ont démontré qu’elles ont un rôle crucial à jouer dans lapromotion des valeurs démocratiques et la formulation d’une autre vision dumonde qui serait différente de celle que les puissantes forces dumarché tentent d’imposer, une vision de droits économiques, politiques et sociaux. Récemment, elles sont devenues synonymes d’équilibre des pouvoirs aux plans nationalou international, dans des domaines tels que les droits humains, les politiques économiques et commerciales internationales, la protection de l’environnement, l’égalité des sexes et le partage du savoir. L’oeuvre des ONG a donné des résultats concrets, ainsi qu’en témoignent leur détermination concertée et le fait qu’elles aient réussi à faire échouer deux conférences ministérielles de l’OMC, à obtenir l’interdiction des mines anti-personnelles et le gel du projet d’Accord Multilatéral sur les Investissements de l’OCDE, qui visait à donner pleins pouvoirs aux grands groupes commerciaux, au détriment des pays en développement et des peuples endogènes.

Les ONG locales ne devraient pas hésiter à refuter les choix politiques majeurs et les hyphotèses formulées par la Banque Mondiale, tout en travaillant avec les intellectuels et les chercheurs africains au réexamen de toutes les questions, sans parti pris pour tel ou tel sexe et sans trop se préoccuper des priorités des donateurs. C’est une erreur que de compter exclusivement sur les firmes et l’expertise étrangères. L’inestimable contribution des ONG aux idées et aux solutions aux problèmes de développement qui tiennent compte des réalités locales ne doit pas être reléguée au second plan.

Les Organisation Non Gouvernementales de développement ne doivent pas se faire la concurrence; elles gagneraient plutôt à travailler main dans la main afin d’apporter une contribution significative à l’élaboration des politiques, en se démarquant de la périphérie des affaires nationales et internationales, pour s’impliquer dans les mécanismes de prise de décisions économiques. La tranparence et la bonne gestion des affaires publiques dépendent largement de la capacité des ONG locales de contrôler le classement des chapitres budgétaires, les décaissements des ministères et le choix des priorités. Les Etats, leurs institutions nationales et internationales doivent être prêts à collaborer avec des ONG mieux informées et des électeurs de plus en plus exigeants, dont les jeunes, les femmes, les paysans, les éducateurs, les écologistes, les étudiants etc…, qui sont capables et disposés à participer à la gestion des ressources, des services et des opportunités, tout en étant prêts à y accéder.

Yassine Fall est une économiste/chercheur sénégalaise. Elle est l’actuelle Secrétaire Exécutif de l’Association des Femmes Africaines pour la Recherche et le Développement (AAWORD); elle est également formatrice en alphabétisation économique et en matière de mise enoeuvre des politiques.

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