Notes liminaires
Dominique Njinkeu, Directeur de recherche adjoint,
Consortium de recherche sur l’économie africaine (AERC),
Nairobi, Kenya
English
Le 13 janvier de 2000La recherche entreprise ces dernières années et les performances économiques des pays qui ont libéralisé leurs régimes d’échanges confirment de façon définitive les avantages du libre échange. La principale recommandation faite aux pays africain s’est donc focalisée sur l’ouverture de leurs systèmes économique, politique et social. Dans l’ensemble, le régime politique type en Afrique, comparé à celui qui prévalait aux alentours de 1985, peut se caractériser par une meilleure pénétration des produits et des services sur les marchés extérieurs, une baisse des barrières douanières imposées aux importations sur les marchés africains, des taux de change compétitifs alliés à un inversement de tendance, les politiques favorisant une croisssance fondée sur les exportations se substituant à des politiques d’importation, l’adoption de réformes orientées sur l’économie de marché dans d’autres secteurs, un rôle accru des administrations non centrales et des organisations non gouvernementales et des systèmes politiques contestés.
Sur le plan mondial, on constate une croissance importante des échanges de biens et de services, le volume des échanges ayant enregistré une hausse de plus de trois points au-dessus de celle du PIB réel. Si ces tendances s’ appliquent dans le monde aux pays développés et en développement, il est important de noter que les pays africains ont été marginalisés par cette évolution. En dépit des réformes récentes de leurs régimes d’échanges, les pays africains voient leurs parts de marché diminuer de façon constante sur le marché mondial. Sur le plan international, la part des exportations par rapport au PIB est passée de 17% à 21% entre 1970 et 1990; pendant la même période, la part des exportations des pays africains dans le monde a baissé, passant de 0,8% à 0,3%. Ceci s’explique, entre autre, par le fait que ces exportations se réduisent à un petit nombre de produits primaires (produits agricoles et minéraux) devenus moins importants sur le marché mondial; cela est dû aussi à une intégration limitée dans les circuits de production dynamique et les réseaux de distribution mais aussi à la faiblesse des infrastructures industrielles et technologiques. Sur le plan mondial, le commerce des services a progressé un peu plus rapidement que celui des biens; le commerce des produits manufacturés continue sur sa lancée historique et progresse plus rapidement que celui des produits agricoles et miniers, à la fois en termes de valeur et de volume; les cours mondiaux des produits agricoles et miniers accusent un retard par rapport à ceux des produits manufacturés, ce qui entraîne des pertes importantes sur le plan des termes de l’échange.
Les pays africains n’ont pas bénéficié de ces nouvelles tendances. Par conséquent, les bénéfices de la mondialisation et de la libération du commerce mondial sont répartis inégalement. Un défi important se pose aux pays africains et à la communauté internationale sur le plan politique. Il s ’agit de créer un système d’échanges mutilatéral, équilibré et équitable qui bénéficie à la majorité de la population mondiale. Les pays africains vont sans doute se trouver confrontés à un renforcement du protectionisme des marchés d’exportation au moyen de mécanismes de protection “conditionnels” tels que les mesures sanitaires et phytosanitaires, les barrières techniques imposées aux échanges et les mesures anti-dumping et de sauvegarde. Ces instruments servent à remplacer les anciennes mesures de protection. Respecter ces mesures coûte très cher car les entreprises sont supposées restructurer leurs infrastructures de production et de distribution.
L’intégration régionale permettra de faciliter ce procéssus, permettant en particulier de tirer parti des économies d’échelle et de surmonter le handicap posé par la taille des marchés. Les pays africains se sont engagés à intégrer progressivement le continent, dans les trente années à venir, au cadre de référence du Traité d’Abudja qui est le traité de création de la Communauté économique africaine. Les engagements pris par les pays africains dans le cadre des négociations sur le commerce international devront s’ harmoniser avec les objectifs d’intégration régionale mais aussi tendre à oeuvrer à leur mise en oeuvre. Il est donc urgent de définir le cadre juridique de futurs accords qui pourraient faire avancer les objectifs d’ intégration à long terme des économies africaines (intégration des pays africains entre eux mais aussi insertion sur le marché mondial).
La marginalisation des pays africains sur le marché mondial s’explique aussi par le fait que la plupart de ces pays souffrent de problèmes considérables sur les plans administratif, institutionnel et financier, et cela à plusieurs niveaux. Tout d’abord, il ne se sentent pas “partie prenante”des régles et dispositions contenues dans les accords. Etre pleinement impliqués, c’est important par rapport au fonctionnement d’un système comme celui de l’OMC qui est fondé sur des réglementations et dans lequel l’ organisation centrale dispose de peu de pouvoir de mise en oeuvre de ces mêmes réglementations. Pour que les membre puissent se sentir partie prenante de ces réglementations, il faut d’abord qu’ils participent à leur établissement. Dans le contexte de l’OMC, nombre de pays africains ne se sentent pas “partie prenante”surtout parce qu’ils n’ont pas réellement participé à cette élaboration. Ces pays n’ont pas la capacité de s’engager à part entière sur un grand nombre de problèmes abordés par l’OMC. Les faiblesses concernent principalement les domaines suivants :
a. Les délégations de ces pays, basées à Genève, sont souvent réduites et manquent d’effectis disposant des connaissances techniques nécessaires à une participation active et les liens entre les délégations de l’OMC et les gouvernements de ces pays ne sont pas bien établis.
b. L’intervention des intéressés, c’est-à-dire le monde des affaires et la société civile, est réduite.
c. Vu la complexité globale du système, les pays africains se sont engagés au-delà de leurs capacités administratives et institutionnelles.
d. D’autres difficultés sont liées à des recommandations parfois divergentes qui émanent de l’OMC et autres institutions impliquées dans la formulation et la mise en oeuvre de mesures, en particulier les institutions de Bretton Woods.
Pour résumer, les accords qui régissent le commerce mondial doivent tenir compte des handicaps dont souffrent sur le marché les pays en développement. Ils doivent reconnaître que la situation des pays développés est différente de celle des pays en développement. Ils doivent reconnaître que les pays en développement font souvent face à une plus grande volatilité, que la libéralisation des échanges contribue en fait à cette volatilité, que les pays en développement ont des filets de sécurité faibles ou même inexistants et que le taux élevé du chômage est un problème persistant dans nombre de ces pays. De plus, il faudrait aussi reconnaître que les pays développés et les pays en développement se trouvent au départ dans des situations inégales. Dans l’ensemble, les pays africains ont vraiment la volonté d’ ouvrir leurs marchés. Les difficultés d’exécution sont principalement dues à la faiblesse des capacités (humaine, financière et institutionnelle). De même, il faudrait inclure le renforcement des capacités et l’assistance technique à toutes les initiatives de développement international, en incluant systématiquement, par exemple, des clauses pertinentes particulières dans tous les accords destinés aux pays en développement et aux pays moins développés.
Ce traitement spécial et différentié devrait être liée à la disparition progressive de l’offre et aux contraintes qui entravent la compétitivité des entreprises africaines. Les accords internationaux seront à la mesure des capacités des pays africains, de leurs efforts sur le plan des réformes économiques et financières, ainsi que de la diversification de leur production et de leurs produits d’exportation. De même, ces accords assureront une certaine constance et une cohérence par rapport aux autres engagements politiques et ils garantiront que ces derniers ne vont pas à l’encontre des objectifs de développement des pays africains. Les pays africains ont besoin de construire des alliances stratégiques et de former des coalitions, soit entre eux soit avec d’autres pays en développement.
Heureusement, la situation est désormais meilleure et l’optimisme est permis à plusieurs titres :
1. Tous les pays ont entrepris d’importantes réformes dans le but de résoudre leurs problèmes de production et d’échanges.
2. Les décideurs politiques et les opérateurs économiques mesurent mieux les défis auxquels ils sont confrontés et les opportunités qui se présentent à eux dans leurs pays respectifs.
3. La communauté internationale est prête à fonder son assistance sur des principes économiques solides plutôt que sur des considérations idéologiques.
4. La conclusion de la rencontre de l’OMC à Seattle laisse à penser que tous les partenaires ont intérêt à mettre en place un système plus équitable et plus équilibré.
Cette table ronde pourrait déboucher sur la formulation d’une stratégie qui permettrait de capitaliser ces opportunités afin de mettre vraiment les pays africains sur la voie d’un développement plus durable.
Africa Policy Information Center
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