Communication d’ouverture
Jacqueline Nkoyok,
Confederation of Central African NGOs, Douala, Cameroon
English
Le 14 janvier de 2000D’abord, il est apparu à tous l’échec flagrant du modèle de développement actuel, nous vivons une croissance rapide des flux internationaux de capitaux, un accroissement des richesses dans le monde : mais paradoxalement, la paupérisation augmente, les pauvres deviennent plus pauvres et une minorité de plus en plus riche.
En Afrique par exemple plus de 180 000 000 de personnes sont des affamés et les nations unies prévoient que ce chiffre doublera dans moins de 10 ans; ce signal d’alarme aurait pu par exemple motiver l’augmentation de l’aide au développement dans cette région ou alors l’augmentation des investissements. Mais il est amer de réaliser que les investissements en direction des pays en développement se chiffrent à plus de 95 milliards de dollars US, toute l’Afrique au Sud du Sahara ne bénéficie que de 3 milliards qui d’ailleurs vont vers les pays détenteurs des ressources minières et pour parfois financer les guerres de positionnement géostratégiques des grandes puissances mondiales et ce n’est pas un effet de hasard si l’Afrique bat le record des coups d’Etat, des génocides, des déplacements massifs.
En plus, plus de 65% des richesses sont produits dans le nord. L’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique comprenant 77 pays ne représentent que 2% du commerce et 1% des parts des flux des capitaux internationaux et c’est dans ce contexte qu’on parle du libre échange, de la jungle des marchés. C’est également à cette période critique que toutes les entreprises sont entrain d’être privatisées c’est-à-dire achetées par les multinationales, et l’on parle de plus en plus de compétiveté entre ces pays en déconfiture et les grandes puissances mondiales.
A première vue, notre thème soulève un paradoxe indéniable et il est important pour nous de sonder ce rapport dialectique entre souveraineté de l’Etat et émergence de la société civile : faut-il par exemple que la souveraineté de l’Etat s’érode pour que la société émerge ? ou alors, la société civile peut-elle émerger si les états restent forts, nous pouvons même aller loin en se posant la question de savoir si le rôle et l’espace de plus en plus reconnu aux sociétés civiles constituent le suicide de l’Etat, est une condition de son affaiblissement, l’environnement mondial actuel condamne-t-il les Etats à perdre leur souveraineté et les peuples au mutisme ?
C’est par exemple là quelques questions qui pourront guider nos réflexions afin de nous permettre de suggérer des stratégies, des actions, des mécanismes pour pouvoir contribuer à relever les défis majeurs de cette fin de siècle et augurer le 3e millénaire avec prouesse et optimisme ?
Pour mieux cibler nos domaines de réflexion, nous allons brosser le comportement des Etats, des peuples et des forces du marché durant les 10 dernières années.
Dans le cadre de la promotion des idéaux de la mondialisation et des règles de l’OMC, l’on peut dire que certaines régions comme l’Afrique ont perdu leurs marques.
Nous vivons aussi des dumping économiques, dumping culturels, affaiblissement des droits, le pouvoir économique surplante le pouvoir politique et pendant ce temps, les ressources naturelles se dégradent et se consomment anarchiquement, voie d’extinction, les eaux et l’atmosphère se polluent, les population souffrent des maladies d’origine hydriques, la déforestation et la désertification sont en nette progression.
Ainsi, à la colonisation se substitue la colonisation économique par les multinationales qui certes produisent de l’argent mais ne pourront jamais concevoir des politiques de protection de l’environnement ou créer un environnement porteur pour tous les citoyens.
La mondialisation s’opposant à la reconnaissance des spécificités du développement.
Or les pays du sud doivent se constituer en groupements régionaux, établir des marchés d’échelle , des marchés régionaux crucial pour tout développement économique et tremplin pour la compétitivité. Croupissant sous le fardeau de la dette et endormis par les programmes divertisseurs d’allégement de la dette de la banque mondiale et du FMI, les pays africains n’ont plus de bouches, seules les organisations de la société civile ont un mot à dire mais comment le disent-elles ? à travers quels mécanismes de dialogue.
Comment cela est prise en compte et par quelles institutions ? Comment les Etats africains peuvent profiter de cette mouvance populaire pour se refaire, pour exprimer leur voix, pour revendiquer la démocratisation des institutions internationales demeurent pour nous des questions clés.
Pourquoi les Etats en déconfiture se réfugient dans un conservatisme qui ne laisse pas de place à l’expression populaire.
Ce dont nous avons le plus besoin dans le contexte actuel du monde, c’est des mécanismes de concertation, de conceptions des politiques, de partage de vision et surtout la foi aux capacités internes ainsi que leur valorisation d’où la nécessité d’une société civile forte et responsable capable de forger un espace auprès des gouvernements et des institutions, mais aussi nous avons besoin des Etats de droits, régulateur, impulseur et créateur d’un environnement porteur;
Pouvons – nous avoir l’un sans l’autre et contribuer à relever les défis majeurs de notre époque ? c’est, chers collègues, les grandes questions qui nous interpelle tous ici.
Ici se la question de la construction d’une éthique de la responsabilité conjointe.
Topologiquement, la société civile est face à l’Etat mais cela à mon humble avis ne signifie pas qu’elle doit être viscéralement contre l’Etat. Les deux (Etat et société civile) doivent se tenir en bonne distance quand aux visions actuelles pour pouvoir constituer des contre poids nécessaires ou changements mais en même temps constituer des partenariats nécessaires pour créer les conditions d’un monde meilleur pour le maintien mutuel, pour être forts devant les forces anarchiques destructeurs du monde. Mesdames, messieurs, chers collègues, voilà quelques propos provocant simplement.
Africa Policy Information Center
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